16.10.10

(The) Social Network


Basé sur le livre The Accidental Billionaires: The Founding Of Facebook, A Tale of Sex, Money, Genius, and Betrayal de Ben Mezrich, lui-même basé sur l’histoire de Mark Zuckerberg et de la création de Facebook, The Social Network ne partait pas vraiment gagnant. Et pour cause, un nerd s’intéresse à peu prés autant aux autres, que les autres ne s’intéresse à lui. Qu’en est-il au final ? Frasque surfant sur un phénomène de mode ou géniale fresque romanesque ?

Un film de face à face

Le réalisateur de The Social Network n’est autre que David Fincher, réalisateur de entre autre de Zodiac et The Game. Fincher maitrise parfaitement sa caméra et sait imposer une ambiance. Malgré un style reconnaissable qui excelle dans les ambiances glauques (Seven, Fight Club), il sait aussi très bien installer un imaginaire de conte (Benjamin Button). Du coup je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre pour The Social Network.



Pour le casting cette fois pas de Brad Pitt, Robert Downey Jr, ou Michael Douglas mais des "jeunes". Jesse Eisenberg que l’on a pu voir dans Zombieland (si vous n’avez pas vu ce film, vous devriez) ou dans Le Village (si vous n’avez pas vu ce film, vous ne devriez pas) campe un Mark Zuckerberg très crédible (au niveau du personnage, je ne connais bien sûr pas personnellement Mark). Andrew Garfield qui joue dans L’imaginarium du docteur Parnassus joue lui le rôle de Eduardo Saverin, l’ex meilleur ami (et seul ami ?) de Mark. Et puis il y a Justin Timberlake en papa de Napster qui m’a véritablement surpris en tant qu’acteur. C’était la première fois que je le voyais cela dit, à part dans ce clip. En même temps il ne pouvait pas me surprendre en tant que chanteur1.

Jesse Eisenberg

Le film nous conte donc l’histoire d’un étudiant de Harvard, 19 ans, surdoué, nerd et sociopathe, qui va créer un phénomène internet exceptionnel2 et se retrouver milliardaire à peu prés aussi vite qu’en procès (x2). A la vu du synopsis tout ça ne parait pas très palpitant.


L’intérêt du film nait en fait de sa conception. La forme prévaut ici sur le fond et Fincher réussi à transformer une histoire pas vraiment palpitante en fresque romanesque (si vous aviez jouez ça, vous gagnez une tringle a rideaux) teintée de thriller. Or vous savez tous combien, encore une fois, Fincher excelle dans le thriller. Il semble3 calquer son film sur la vitesse d’internet. La première scène donne le ton, ou plutôt le rythme. C’est un face à face entre Mark et sa copine, les phrases fusent et la conversation se passe sur plusieurs plans. À la façon d’une discussion de messagerie instantanée, ou chaque ligne répond à une autre mais sans forcément de liens avec les précédentes ou les suivantes. Sans la chronologie de la conversation vous êtes perdu. Or le spectateur est plongé en plein milieu de la discussion. Un début certes difficile à suivre mais tellement explicite, à la fois sur le personnage de Mark Zukerberg que sur la vitesse de l’information (buzz, phénomène…) sur internet. Une fois lancée, la machinerie soutient le rythme tout au long des deux heures du film grâce à la mise en parallèle des deux procès contre Mark et des flashbacks (liés aux témoignages).

On retrouve pour l’ambiance visuelle le directeur de la photographie de Fight Club, Jeff Cronenweth. Il confère au film une ambiance un peu froide, légèrement éthéré, presque sans âge. C’est grâce à cet ambiance que le spectateur trouve un peu de repos au milieu de la déferlante de répliques et de situations.
Car effectivement The Social Network est un film de face à face entre Zukerberg et les autres, de répliques cinglantes, de piques qui font mal, de sarcasmes et de cynisme. Et il est uniquement question de cela. Mais cela se suffit en se substituant à l’action, en créant des moments drôles, ou non.

La bande original du film est signée Trent Reznor (Nine Inch Nails) et je l’ai trouvé plutôt parfaite. Sans être extraordinaire elle se pose parfaitement sur les images. Les compositions sont plutôt lourdes en basse et électro. Elles participent à l’ambiance du film au même titre que la photographie de Cronenweth.


Fincher arrive à nous plonger dans une sorte de thriller romancé autour de la création de Facebook grâce aux acteurs très justes, de vraiment bons dialogues et de belles images. Son coup de force étant de réussir à retranscrire ce qui se passe normalement derrière un écran et à captiver le spectateur.

Jesse Einsenberg parvient à exprimer l’opposition entre la dureté d’un personnage surdoué et sociopathe et la naïveté dont il fait preuve. Tout passe par son attitude. En revanche et contrairement à ce que j’ai pu comprendre, je ne trouve pas que le film fasse passer Mark Zukerberg pour un trou-du-cul (sic), mais plutôt pour un mec à coté de ses pompes et débordé par les évènements, pas parce qu’il ne les comprend pas, mais par inintérêt.

Une mention spéciale pour la scène de la course d’aviron, en tilt-shift et sténopé couleur, le tout en version vidéo et sur une interprétation personnelle de Trent Reznor de Peer Gynt - In the Hall of the Mountain King Op. 23. Génial, mais étonnant.

C’est beau, c’est joliment mis en musique, parfaitement joué et mis en scène et ne souffre d’aucun temps morts.Cela fait de The Social Network un très bon film.

1 A ce propos je suis tombé sur cette phrase sur allociné "Le chanteur Justin Timberlake joue dans le film, mais ne participe pas à la bande originale du film, qui est signée Trent Reznor" qui m’a permis un "lol". Et sinon, heureusement (vous savez déjà pourquoi, ou vous allez le savoir).
2Pour les bas du front, le terme exceptionnel est à son sens premier, phénomène d’exception, qui n’arrive qu’une fois. Je ne fais pas l’apologie de Facebook.
3Ressenti personnel. Cela n’est peut-être pas volontaire, mais j’en doute.

3 commentaires:

the_used_prophet a dit…

Je l'ai vu dimanche, bien réussi, les phases un peu plus techniques sont cohérentes (ça c'est pour les plus geeks).
Par contre je trouve pas que Mark Zukerberg soit juste à côté de ses pompes, ya quand même certains choix qui sont délibérés, par exemple de piquer l'idée de départ.

Pollo a dit…

J'ai vraiment pas eu l'impression qu'il se dit "tient bonne idée je vais leur voler". J'ai plus l'impression qu'en fait, a partir de l'idée des frères W. il a eu une meilleure idée. Une sorte d'amélioration du concept de base. Et du coup pour lui c'est un truc complètement différent.
M'enfin ça change rien, et je dit pas qu'il n'est pas "coupable" de ce dont il est accusé. Je dis juste que selon moi c'est pas un trou du cul qui a tout fait consciencieusement.

the_used_prophet a dit…

C'est pas faux.